Artiste
Dj Tonio
Comme pour tout pionnier des musiques électroniques, il paraît difficile de catégoriser Tonio dans une case, sous une étiquette, un format. Quinze ans de techno, vécue sous toutes ses formes, poussent très loin les champs de l’expérience. Là où la mode, la tendance, les tics de l’époque ne peuvent atteindre la personnalité d’un musicien et son désir de toujours s’affranchir des frontières. “Le mouvement a changé, le public est beaucoup plus versatile et il faut accepter cette évolution” assure l’artiste sans états d’âme. Ses débuts précoces aux platines (à 14 ans) prédestinaient déjà Tonio à prendre une place importante sur la scène française. A 19 ans il devient le résident de l’An-fer, établissement emblématique de la scène dijonnaise qu’il contribuera à ériger comme une pierre angulaire de la techno française, aux côtés d’un Laurent Garnier. Dans la lancée, il produit un premier maxi en 1996 sur le label de celui-ci, F-Com. Tout, trop tôt ? “c’était une erreur” confiait Tonio à au magazine Coda en 2005. Peu conscient des longs protocoles de travail qu’impose un label comme F com, il s’impatiente sur ses productions, commence des dizaines de tracks sans en finir un… Et, las, met de côté la composition pour se consacrer aux platines. Car de ce côté tout s’enchaîne très vite : une tournée aux USA en 97, des soirées avec les plus grosses pointures de l’époque (en 1998 il figure aux côtés de Jeff Mills pour la tournée de son label Purpose Maker et apparaît à l’affiche de la tournée européenne d’ F-Com), sa présence aux line-ups des plus gros événements français et internationaux est remarquée (Boréalis, Astropolis, Techno Parade à Paris, Mayday, Dragon Bal, Ososphère, Electros d’Uzès, Electromind 2007…)… Ses résidences dans les clubs cotés (Trax à Zurich, 4 Sans et Fat Kat à Bordeaux, Cohibar à Saint-Martin, le Love à Sao Paulo, le Cinema en Ukraine, le Florida 135 en Espagne, l’AK 47 en Hongrie, le Loft à Barcelone, le MP au Portugal, le Rex Club à Paris pendant huit ans) lui confèrent une statut conséquent auprès des fans d’une musique qui ne cesse de se développer. Le nom de Tonio revient d’ailleurs inlassablement lors des palmarès de fin d’année des revues spécialisées. Généreux, fiable, efficace marathonien du mix (“ma technique sera la même dans vingt ans : je veux continuer à véhiculer un message de plaisir dans mon mix, il faut que ça soit beau et que ça danse !”) le DJ trône avec les meilleurs noms de la scène française, les Carretta, The Hacker … “C’est ma génération” assume le Dijonais qui partage avec ces personnages, souvent des amis, un goût pour l’authenticité et une aversion pour les faux-semblants.
Après trois compilations mixées, Tonio revient à la production pour Industrial Strenght, Kobayashi et Dancefloor Killers, labels français pratiquant une électro-techno sans concession (dont deux en collaboration avec Alessandro F. et David Carretta). La machine s’emballe même en 2005 pour le projet d’une série de EP’s avec Vitalic, The Hacker, Oxia, Carretta, Alessandro F., Antony et Laurent Hô, soit ce que la techno compte de meilleurs représentants dans l’hexagone. La crise de l’industrie du disque, mettant à genoux les labels indépendants, et l’omniprésence soudaine des artistes allemands sur la scène électronique française trouble alors le tableau. En musique, l’émulation fait partie des règles du jeu et, sur vinyle comme aux platines, Tonio continue faire valoir ses qualités , en s’adaptant : “J’ai commencé en jouant garage, je suis passé par la trance… La techno, telle que la jouait à une époque, a vieilli. Je ne suis plus un “DJ techno”, je me suis calmé. La musique d’aujourd’hui me semble beaucoup plus aboutie et excitante”. Une vision qu’il pratique pour ses nouvelles résidences (sa mensuelle au Minimal, le nouveau club électro de la Cote d’Azur, des étapes estivales régulières à la Villa Rouge à Montpellier) et sur disque. En 2007, deux maxis sortent sur MB Elektroniks (le label de Marco Bailey) et un sur Pornographie (celui de Christian Varela) tandis qu’un album avec son complice Olivier Giacomotto est prévu dans les mois à venir. Un timing, une attitude et des projets qui, plus que jamais, éloignent Tonio des cases hermétiques, des catégories stériles et des formats prédéfinis.




















